L’infographie européenne dans la création audiovisuelle par Lionel Levasseur 1986

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L’infographie européenne dans la création audiovisuelle

Longtemps tenue pour une technologie marginale à l’intérieur des industries européennes de l’image, l’infographie a aujourd’hui conquis ses lettres de noblesse. Avec une croissance annuelle supérieure à 50% au cours de la période 1982-1986, le marché européen du graphisme assisté par ordinateur (CAD/CAM, business graphics, simulation audiovisuelle), occupe la seconde place derrière les Etats-Unis avec 25% du marché mondial.

Parallèlement à cette croissance, l’Europe a su s’émanciper en partie de la tutelle technologique américaine. La valeur ajoutée technologique européenne concerne principalement le développement des logiciels et des périphériques. Déjà, certains produits de CAD/CAM ont inversé le flux des techniques graphiques entre les Etats-Unis et l’Europe : qu’il s’agisse du logiciel de CAD CATIA, développé par la firme aéronautique française Dassault et commercialisé par IBM, ou du système CAD/CAM « clé en mains » proposé par Matra Datavision à partir de son logiciel Euclid.

Dans les secteurs de la création audiovisuelle, les applications infographiques reflètent également ce dynamisme européen. La Grande Bretagne par exemple, dont l’industrie audiovisuelle est prédominante en Europe, a su tirer profit de l’abondance des sociétés de post-production présentes sur son territoire, pour asseoir la réussite commerciale internationale de la Paint Box de Quantel.

Sans pouvoir prétendre à l’exhaustivité, la présente évocation de l’offre de système 2D et 3D, et des capacités de production européennes, ne vise qu’à apporter le témoignage d’une Europe qui se mobilise sur un marché en plein expansion. (1)

L’offre européenne de systèmes graphiques 3D pour l’audiovisuel

Dans le domaine des workstations 3D, l’offre européenne demeure encore peu abondante. Au catalogue des systèmes « fermés », la BOSCH FGS 4000 fait figure de leader. Soucieux d’élargir son marché, le constructeur allemand oriente actuellement sa stratégie commerciale en direction des applications industrielles de la communication audiovisuelle.

Au niveau des systèmes graphiques « ouverts », deux initiatives industrielles occupent le devant de la scène européenne. La première émane de la société T.D.I. (Thomson Digital Image), filiale du groupe international THOMSON et de l’INA (Institut National de l’Audiovisuel), qui commercialise depuis quelques mois le premier logiciel d’animation 3D cent pour cent européen. Ce système d’animation nommé « Espace », est proposé sur la base d’une workstation Silicon Graphics, IRIS 3030. « Ce système est capable d’affronter la compétition avec les meilleurs softwares nord-américains tel que celui de Robert Abel », déclare Jean-Charles Hourcade, responsable du département Logiciels et Systèmes de TDI. « Cette compétitivité de notre produit nous l’avons mesuré à travers l’intérêt des utilisateurs lors du SIGGRAPH, en août dernier à Dallas. Par ailleurs, nous fournissons à nos clients ce que j’appellerais une « qualité européenne » dans la conception et l’esthétisme des images que nos systèmes produisent ».

Le logiciel Espace insiste sur la facilité du « dialogue » entre l’utilisateur et la machine. Il se structure en quatre modules indépendants : deux de modélisation, l’un en mode polygone, l’autre en mode patch, avec une possibilité d’interfaçage sur la plupart des grands systèmes de CAD/CAM existants dans le monde ; un module destiné à l’animation de scènes complexes ; et une module de visualisation (768X1024), qui outre un traitement d’anti-aliasing, offre une vaste gamme de paramètres et de modèles, en particulier pour la plaquage de textures et le contrôle des sources lumineuses.

Face au produit de TDI, actuel leader européen, se profile déjà un système concurrent porté par une joint-venture entre la société d’ingénierie informatique SESA et une filiale du groupe de Télévision Luxembourgeois CLT, RTL Production. En cours de développement, ce système dénommé « Cerise » s’inscrit dans le cadre du plan de coopération industrielle de la CEE : EUREKA. Actuellement un centre de production conjoint RTL/SESA se met en place au Luxembourg : il propose des produits réalisés grâce au logiciel américain WAVEFRONT sur quatre workstations Silicon Graphics IRIS.

Enfin, une équipe française appartenant au CCETT (Centre Commun des Télécommunications et de Télédiffusion), travaille actuellement au développement d’une workstation 3D, le Cubi-7, industrialisé par la société Telmat, qui accueille le logiciel français de la société ITF.

L’offre européenne de stations 2D

La production européenne de workstations 2D est beaucoup plus importante. Figure de proue de cette industrie européenne, la Paint Box développée en Grande Bretagne par Quantel, a conquis une part prépondérante du marché haut de gamme avec plus de 400 systèmes répartis dans le monde entier. Depuis plus d’un an, la firme britannique, soucieuse de diversifier son marché, propose une version haute définition de la Paint Box en résolution 2 000 X 2 500, principalement destinée à la création d’images fixes pour le business graphic, la presse et l’édition.

Cette stratégie de diversification des constructeurs de workstations 2D, partant de la vidéo vers l’image fixe, on la retrouve en sens inverse à travers une jeune entreprise franco-allemande implantée à Strasbourg, la société Dalim. En effet, construit à l’origine pour concurrencer les matériels Genigraphics et Dicomed dans la production d’images fixes haute résolution ( 8 000 x 8 000), le système Dalim propose un hardware (Tektronics, MicroVax II, IBM AT) un package évoluant vers l’animation vidéo.

Les constructeurs européens offrent également un large éventail de systèmes 2D construits sur la base d’IBM PC et de compatibles. On recense par ailleurs plus d’une vingtaine d’entreprises, dont une bonne partie sont françaises (X-Com, Getris, GIXI, De Grafe…) qui s’adressent au marché de la post-production vidéo avec des matériels dont les prix varient de 10 000 $ à 50 000$.

Enfin, certains constructeurs européens se positionnent sur le terrain de l’assistance informatique à l’animation. C’est le cas entre autres, de deux propositions technologiques françaises avec les systèmes Psyché conçu par l’INA et industrialisé par X-Com et celui d’Animatique Comparetti. Ces deux systèmes s’orientent vers la fourniture de matériels et de logiciels prenant en charge l’ensemble des tâches d’animation à partir des dessins clés.

Les capacités de prestations graphiques en Europe

Dans le champ de la prestation en animation 3D, l’Europe dispose de plus d’une vingtaine de producteurs répartis dans les principaux pays de la CEE. Parmi eux, deux pays dominent l’offre de services : la France et la Grande Bretagne.

En France, neuf prestataires réalisent des productions 3D haut de gamme (SFP, Mikros, Captain Video, ITF etc.). Deux d’entre eux se disputent le leadership européen de la création d’images de synthèse : TDI et Sogitec.

Le département de production de TDI (Thomson Digital Image), qui sur la base de son propre système d’animation 3D Espace, réalise des génériques pour les TV européennes et nord-américaines, des effets spéciaux cinématographiques, des spots publicitaires et des productions de communication d’entreprise. TDI dispose d’une des plus importantes puissances informatiques parmi les prestataires européens : Gould PN 980 et PN 6040, BULL SPS 9, système d’animation temps réel Evans et Sutherland PS 300, ainsi que quatre workstations Silicon Graphics IRIS 3030.

Sogitec Audiovisuel, filiale du groupe Dassault, fut l’entreprise pionnière de la synthèse d’image en Europe. Spécialisée dans les productions de génériques de TV, d’effets spéciaux et de films publicitaires, SOGITEC a entrepris en 1986 une diversification des activités en direction d’images fixes pour l’édition et la communication d’entreprise. En animation 3D ; SOGITEC utilise un logiciel propre sur un multiprocesseur Perkin-Elmer 3200 et un système d’animation temps réel Evans et Sutherland. Signalons, pour les prestations 2D, un nouveau champ d’application pour la SOGITEC, qui s’est équipée de workstations Genigraphics et Dalim.

En Grande Bretagne, huit prestataires se sont spécialisés en animation 3D : Electronic Image, Digital Picture, Cal Video Graphics, Rushes, Morning Picture Company, Computer FX et Virgin Computer Graphics. Electronic Image est la première société britannique. Ses outils sont les suivants : 2 workstations IRIS 2400 reliées à un VAX 11/780, 1 Gould Power, 1 Dubner. Sur l’ordinateur VAX, tourne le logiciel de Robert Abel Image qui a été enrichi par des développements faits par Electronic Image. Cette société travaille principalement pour le marché de la télévision et accessoirement pour la publicité. Electronic Art est la plus ancienne société britannique de prestation en animation par ordinateur. Elle dispose d’un VAX 11/750, d’un Dicomed, d’un PDP 11/60 et d’une mémoire d’image 32 bits Frame Buffer GEMS ce qui lui permet d’atteindre la haute définition.

L’Allemagne fédérale dispose à ce jour de trois laboratoires d’animation 3D :

  • CAL à Francfort sur le Main qui utilise le logiciel du New York Institute of Technology sur un matériel VAX et Evans et Sutherland. La production est essentiellement tournée vers les génériques de télévision (ZDF, NDA) et les messages publicitaires (Philips, Nestlé).
  • Steiner Film, situé à Munich, exploite le logiciel de Robert Abel Image sur un matériel Gould et Evans et Sutherland. Il dispose également d’une workstation Silicon Graphics.
  • Enfin, la dernière venue des sociétés de production allemande, Dino Production, installée à Berlin, utilise un logiciel Wavefront sur workstation Silicon Graphics pour la création publicitaire et les effets spéciaux.

Cette liste des centres de production européens pourrait s’allonger : en Italie (Eidos), en Espagne (Animatica), en Belgique, aux Pays Bas, des équipes d’informaticiens et de créateurs apportent quotidiennement leur pierre au « musée imaginaire » de l’infographie.

Lionel Levasseur INA- Recherche Bry sur Marne, 1986

(1) , Analyse du « Marché européen de l’Infographie dans la communication » document INA-CIT